J’ai perdu des doigts l’écriture. Elle me fuit pour laisser place à l’agitation, le mouvement de va-et-vient, fracassant mes esprits sur l’écume blanche des jours sans nuits.
Je me suis toujours jurée de la rattraper, quelques soient les détournements qu’elle me laisserait emprunter. Alors, sur ce grand bureau noir, la cigarette aux lèvres et les mains avides - aux mêmes places, aux mêmes fuseaux horaires - j’essaie encore de redonner des rondeurs à mon clavier froid. Mes mots et mes douleurs sont restés quelque part, ailleurs. Peut-être est-ce l’urgence de retrouver le poids d’une posture qui me convient si mal, et au dos et à la chair, qui me fait courir après la complainte du vide qui s’est étiolé.
Je sais pourtant que ces autres alter-ego d’évanescence reviendront. Bien avant l’hiver et bien avant que le reste ne prenne plus de place - trop de place. L’ataraxie n’est souvent pas bien loin lorsqu’on voudrait la chasser d’un coup de trique pour retrouver un peu de vrai. Il faut s’en méfier comme de la peste pour mieux l’apprécier quand nous n’avons rien à redire à nos épanchements.