De l'ecriture du vide.

J'avais un livre au bout des doigts. Il parlerait du vide, de cette propre obsession. Il parlerait de moi sans dire je. Il parlerait des autres peut-etre aussi, ces autres qui s'invitent dans mon quotidien ereinte. Il parlerait d'un fantasme, et d'une envie, et d'une necessite. Peut-etre de rien. Mais ecrire pour ecrire.

J’ai perdu des doigts l’écriture. Elle me fuit pour laisser place à l’agitation, le mouvement de va-et-vient, fracassant mes esprits sur l’écume blanche des jours sans nuits.

Je me suis toujours jurée de la rattraper, quelques soient les détournements qu’elle me laisserait emprunter. Alors, sur ce grand bureau noir, la cigarette aux lèvres et les mains avides - aux mêmes places, aux mêmes fuseaux horaires - j’essaie encore de redonner des rondeurs à mon clavier froid. Mes mots et mes douleurs sont restés quelque part, ailleurs. Peut-être est-ce l’urgence de retrouver le poids d’une posture qui me convient si mal, et au dos et à la chair, qui me fait courir après la complainte du vide qui s’est étiolé.

Je sais pourtant que ces autres alter-ego d’évanescence reviendront. Bien avant l’hiver et bien avant que le reste ne prenne plus de place - trop de place. L’ataraxie n’est souvent pas bien loin lorsqu’on voudrait la chasser d’un coup de trique pour retrouver un peu de vrai. Il faut s’en méfier comme de la peste pour mieux l’apprécier quand nous n’avons rien à redire à nos épanchements.

Soudain, nous nous sommes tus. Et nous étions seuls, un instant, au milieu de cette rue.

En fait, j’ai arrêté d’écrire.

(je m’y serais quand même tenue quelques jours, quelques jours.)

Mais il y a des impacts émotionnels qui ne trouvent pas de mots. Un départ reste un départ même lorsqu’on sait ce qu’on va chercher.

Et puis les hommes resteront toujours des chocs sismiques à plusieurs répliques.

Une rencontre soudain. Il est là, comme il l’était auparavant. Comme il a disparu. Et mes mains tremblent autant qu’il y a quelques échappées qui étaient peut-être des années.

Ce n’est pas là une question de corps, alors que tout n’est chez moi n’est jamais question que de ça.

C’est peut-être pour cela, aussi, que je pleure sous les étoiles.

Pleurer devant l’homme à bout de force. Ne plus avoir le courage de faire semblant à ces heures-là de la nuit.

Les mots ne disent plus rien lorsque les regards ont tout avoué. A couteaux tirés, j’étais en train de lui dire au revoir du bout du corps. La vie qui m’attends ailleurs, celle que je n’attends plus aussi.

Il n’y a parfois plus que l’instant présent. Cela ne dure jamais plus d’une seconde et quelques poussières d’éternité.

Avaler une dernière gorgée de café, jeter un dernier regard à la rue, croiser des yeux qui vous troublent chaque fois qu’ils vous dévisagent. Il y a tant de choses qui nécessitent bien plus de mots qu’il n’y parait.

Il y a des impressions que seule la fatigue permet.

Devant la terrasse, il aurait pu passer à tout instant, les sens en éveil. 

Chaque jour, au petit matin, une autre ville existe. Nous sommes tant à ne voir que très rarement le quotidien d’autres. Ne reste que la lumière pour en faire un moment plein de grâce.

Au travers des mots de corps qui n’en peut plus, peu de place est laissée pour les mots de départ. Pourtant, celui-ci est proche, tout près, au rendez-vous des changements de vie.

Anxyogène.

Seulement quand j’en serai capable. Quand le coeur me le permettra, je saurai être envahie par le doute et la peur.

A l’ombre de cette place maintenant si familière, j’oublie.
J’oublie qu’il y a trois ans, je suis venue pour oublier.

L’amour, la vie, le corps, le sang, le coeur.

Cela reviendra lorsqu’un coup de téléphone résonnera enfin pour d’autres mots que ceux que je bafouille, bien mal, la voix de Jeanne Moreau étranglée par des larmes.
A peine éveillée. Chaque matin.

J’oublierai. 

La ville franche est sans regrets à qui sait la prendre. Lui me dit que c’est une chance de vivre ce que nous sommes en train de vivre. Une mise à l’épreuve.

Devant le conseil qui acceptera ou non ma requête pour le paradis, cela aura-t-il plus de poids que toute une vie d’excès?

La jeune fille assise à ma terrasse trouvait qu’Avignon était de plus en plus décevante chaque année. Je lui ai répondu avec mon plus joli sourire que le Festival était difficile pour tout le monde.

Nous sommes finalement peu à savoir. En effet, c’est une chance.

Rien n’est aussi important.
Antoine de Saint-Exupéry - Le Petit Prince.

Rien n’est aussi important.

Antoine de Saint-Exupéry - Le Petit Prince.